VIVRE ET MOURIR
Maître de tout sauf de moi-même,
Chaque jour je recule un peu
Sur les falaises de ma vie.
Dans mes jeux d’autrefois, théâtre,
J’avais ce même regard ivre,
Ce même cœur désassemblé.
Mais alors on fuyait, nous deux,
Le monde était un mur poreux
Et nous savions les mots complices !
O mon enfance, n’oublie rien :
Les clés encor sont dans la main,
L’amour attend, il nous faut vivre !
Ferme tes plaies, ouvre tes yeux,
Ajoute la mort à ton jeu :
Je suis un autre, je suis libre !
J’ai tout aimé moins que moi-même
Je veux vivre pour tout aimer
Et m’oublier dans ce que j’aime.
Jean Rousselot
L’Homme est au
milieu du monde
(Fontaine, 1940)
