IL
SE POURRAIT BIEN...
Il
se pourrait bien que tout ce que j’ai ressenti dans mes vers
Se
soit ramené à ce quelque chose d’impossible,
Ce
quelque chose d’interdit et de réprimé
De
famille en famille et de femme en femme.
On
dit que dans les demeures des miens, tout
Ce
qu’on devait faire était mesuré au plus juste...
On
dit que les femmes de ma branche maternelle
Ont
connu le silence... ¡ Ah, c’est bien possible... !
Il
y a eu des fois où ma mère avait des envies
De
se délivrer, mais ses yeux se remplirent
De
profonde amertume, et elle pleura dans l’ombre.
Et
toutes ces morsures, défaites et mutilations,
Tout
ce qui dans leur âme était enfermé,
Je
pense que sans vouloir je l’ai rendu libre.
(Trad. Cl.G.S.)
PUDIERA SER...
Pudiera ser que todo lo que en verso he sentido
No fuera más que aquello que nunca pudo ser,
No fuera más que algo vedado y reprimido
De familia en familia, de mujer en mujer.
Dicen que en los solares de mi gente, medido
Estaba todo aquello que se debía hacer...
Dicen que silenciosas las mujeres han sido
De mi casa materna.. ¡ Ah, bien pudiera ser... !
A veces en mi madre apuntaron antojos
De liberarse, pero, se le subió a los ojos
Una honda amargura, y en la sombra lloró.
Y todo eso mordiente, vencido, mutilado,
Todo eso que se hallaba en su alma encerrado,
Pienso que, sin quererlo, lo he libertado yo.
*
DOULEUR
Je voudrais
ce divin après-midi d’octobre
Me
promener au bord éloigné de la mer;
Que le
sable d’or, et les ondes vertes,
La
pureté du ciel me regardent passer.
Je
voudrais être droite et fière et parfaite,
Comme
une Romaine, afin de m’accorder
Avec
les déferlantes et les rochers morts,
Et les
vastes plages qui ceignent la mer.
Aller
d’un pas lent, les yeux impassibles,
Et
sans dire un mot me laisser porter ;
Voir
comment le bleu des vagues se brise
Contre
les granits et ne pas ciller ;
Voir
comment les rapaces dévorent
Les
poissons menus, sans me réveiller ;
Songer
que les frêles barques pourraient
S’engloutir
dans les eaux, sans un seul soupir ;
Voir s’avancer
vers moi, torse découvert,
L’homme
le plus beau ; ne vouloir aimer…
Perdre
mon regard, par inadvertance,
Le
perdre à jamais, à jamais perdu ;
Et,
figure dressée, entre ciel et plage,
Me
sentir oubli pérenne de la mer.
(Trad. Cl.G.S.)
DOLOR
Quisiera esta tarde divina de octubre
Pasear por la orilla lejana del mar;
Que la arena de oro, y las aguas verdes,
Y los cielos puros me vieran pasar.
Ser alta, soberbia, perfecta, quisiera,
Como una romana, para concordar
Con las grandes olas, y las rocas muertas,
Y las anchas playas que ciñen el mar.
Con el paso lento, y los ojos fríos
Y la boca muda, dejarme llevar;
Ver cómo se rompen las olas azules
Contra los granitos y no parpadear;
Ver cómo las aves rapaces se comen
Los peces pequeños y no despertar;
Pensar que pudieran las frágiles barcas
Hundirse en las aguas y no suspirar;
Ver que se adelanta, la garganta al aire,
El hombre más bello; no desear amar...
Perder la mirada, distraídamente,
Perderla, y que nunca la vuelva a encontrar;
Y, figura erguida, entre cielo y playa,
Sentirme el olvido perenne del mar.
Alfonsina
Storni