EN CALE, Grignons

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Nous arrivions, la nuit s’émancipait

de persistances de faux jour, les dents

luisaient, blancs rires intuitifs, de rêve

chacun tendu vers la maison, sa porte

tambourinée s’engouffrait de nos cris

jeunes,  le temps flambait – il braise encore

L’esclaffement salivait des biscuits

bruns, durs à fondre et comme assez amers,

crissant de leur sablé sous les molaires :

grignons  pour les mignons qui désormais

sont grands machins d’années pensives, mais

si mémorieux de leurs bouchées de force.

 

Cl.G.S.  

 

D'AUTRES BORDS, Mallarmé Stéphane

                              

 

SALUT

 

Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe ;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l'avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d'hivers ;

Une ivresse belle m'engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
À n'importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

 

Stéphane Mallarmé

Poésies

(Nouvelle Revue Française, 1914)