D'AUTRES BORDS, Rousselot Jean

                           

ET MALGRÉ TOUT UN POÈME...

 

Et malgré tout un poème

Que l’encre ou non soit visible

Dans les cassures rougies !

 

Ce qu’on appelle son âme,

C’est cela : ce vieux mouchoir

Dans lequel on a saigné,

 

Dont les doigts distraits se jouent

le long des haies de banlieue

Piquées de papiers d’école,

 

Les clefs froides sur la cuisse,

Le dernier rameau de souffle

Pris dans le gel des cohues,

 

A votre image, à la mienne

Petis hommes des métros

Qui hantons des coffres vides,

Comme un testament perdu,

Et qui parlons de la mort

Au silence, à la poussière,

En craquements superflus...

 

Mais tout de même un regard

Vers les lointaines demeures !

Mais tout de même un poème

Pour ensemencer l’amour.

 

Jean Rousselot

Toujours d’ici

RPR, 1946

 

SUR LE PONT, Montreur d'ombres, un poème

                 

Chez les chasseurs de noms qu’à leur insu harcèle,

pour un délit de possession démesuré,

l’ombre d’effacement du rétif ou du vague,

parfois un disruptif à brûler pour un moindre

rachète seul l’ensemble au prix de s’épuiser

et va, enfin servi d’utiles déceptions,

apposer son profil à celui flou des choses,

tandis que d’un troupeau la chiche féerie

torpidement se fond dans des ravins de bribes

Le poème jamais  n’entrouvre d’aporie,

mais que l’ose une bouche et la vie s’y respecte,

démunie relancée pantelante des traces.