D'AUTRES BORDS, Altolaguirre Manuel

                             
                   

BLANCHEUR



L’amour aveugle ignore les distances
et néanmoins le cœur dans son désert
– tout son espace pour un grand oubli –
donne lieu à la perte solitaire
parmi des cieux, abîmes, horizons.


Lorsque, m’aimant, tu regardes en moi
au long de la fusion de notre sang,
un lointain plein de sa rondeur profonde
fait que de nouveaux rêves sont possibles.

Être tien est renaître : tu parviens
à effacer, abîmer, mettre en fuite
tous les miroirs, les cloisons de mon âme.

Blancheur de l’amour. Quel feu annonça
que tu allais venir. J’ai à présent
cette lumière incendiée et un vide
dans lequel espérer, craindre ta vie.  



BLANCURA

El ciego amor no sabe de distancias
y sin embargo el corazón desierto
– todo su espacio para mucho olvido –
lugar da para perderse a solas
entre cielos, abismos y horizontes.

Cuando me quieres, al mirarme adentro,
mientras la sangre nuestra se confunde,
una redonda lejanía profunda
hace posibles nuevas ilusiones.

Ser tuyo es renacerme, porque logras
borrar, hundir, que se retiren todos
los espejos, los muros de mi alma.

Blancura del amor. Con cuánto fuego
se anunció tu presencia. Tengo ahora
la luz de aquel incendio y un vacío
donde esperar, donde temer tu vida.


                                                  *              



FIN D’UN AMOUR

S’il a déjà rempli son destin, je l’ignore,
s’il a atteint la perfection ou si, fini,
cet amour a touché sa dernière limite
sans faire une enjambée de plus sur son chemin.

Je le vois encore gravir, d’où il venait,
là-haut jusqu’à la cime où il a pu conclure
sa pénible ascension. Ainsi est demeuré
dans l’extase un amour à l’allant merveilleux.

Je ne me résous pas à faire mes adieux
à un tel sentiment si altier et si ferme
qui donna tant d’élan, de lumière à ma vie.

Je ne déplore pas, non, sa culmination.
Qu’il culmine n’est pas cause de son départ,
qui sera dû peut-être à son achèvement.


Manuel Altolaguirre
(Trad. Cl.G. S.)
Poésies complètes (et autres poèmes),
Ed. Vandalia, 2005




FIN DE UN AMOR

No sé si es que cumplió ya su destino,
si alcanzó perfección, o si acabado
este amor a su límite ha llegado
sin dar un paso más en su camino.

Aún le miro subir, de donde vino,
a la alta cumbre donde ha terminado
su penosa ascensión. Tal ha quedado
extático un amor tan peregrino.

No me resigno a dar la depedida
a tan alto y firme sentimiento
que tanto impulso y luz diera a mi vida.

No es su culminación lo que lamento.
Su culminar no causa la partida,
la causará, tal vez, su acabamiento.

Poesías completas (y otros poemas)
Ed. Vandalia, 2005