Haut salaire *
Heureux qui sort un beau matin humblement de chez lui
et va dans la rue, comme tant d’autres
matins de sa vie, et sans s’y attendre,
soudain, qu’est-ce que c’est ?, il regarde en haut
et il voit, et prêtant l’oreille au monde il entend,
il marche, et sent que pousse entre ses pas
l’amour de la terre, il continue, il ouvre
son atelier véritable, et dans ses mains
son métier tout propre brille, il nous le livre
de tout cœur car il aime, et il va au travail
en tremblant comme un gamin à la communion
mais tout débordant de son être, et quand
il a enfin réalisé combien tout cela
était simple, et son salaire étant gagné,
il retourne joyeux chez lui et il sent que quelqu’un
saisit le heurtoir, et ce n’est pas en vain.
Claudio Rodríguez
Conjurations (1958)
* trad. Cl.G.S.
Alto jornal
Dichoso el que un buen día sale humilde
y se va por la calle, como tantos
días más de su vida, y no lo espera
y, de pronto, ¿qué es esto?, mira a lo alto
y ve, pone el oído al mundo y oye,
anda, y siente subirle entre los pasos
el amor de la tierra, y sigue, y abre
su taller verdadero, y en sus manos
brilla limpio su oficio, y nos lo entrega
de corazón porque ama, y va al trabajo
temblando como un niño que comulga
mas sin caber en el pellejo, y cuando
se ha dado cuenta al fin de lo sencillo
que ha sido todo, ya el jornal ganado,
vuelve a su casa alegre y siente que alguien
empuña su aldabón, y no es en vano.
Claudio Rodríguez
Conjuros (1958)
https://www.lemonde.fr/archives/article/1999/07/27/claudio-rodriguez_3580877_1819218.html