D'AUTRES BORDS, Gardel Carlos

                                           

                                        

https://www.youtube.com/watch?v=lT6Xh3wVj0o

 

Soledad, tango

 

        Yo no quiero que nadie a mí me diga

que de tu dulce vida

vos ya me has arrancado.

Je ne veux pas que l’on me dise

que tu m’as arraché

de ta douce vie.

 

        Mi corazón una mentira pide

para esperar tu imposible llamado.

Mon cœur réclame un mensonge

pour espérer ton impossible appel.

 


        Yo no quiero que nadie se imagine
cómo es de amarga y honda mi eterna soledad.

Que personne ne s’imagine

combien amère et profonde est mon éternelle solitude.   

 

En mi larga noche el minutero muele
la pesadilla de su lento tic-tac.

Au long de ma nuit l’aiguille ressasse

le cauchemar de son lent tic-tac.



        En la doliente sombra de mi cuarto, al esperar

sus pasos que quizás no volverán,

a veces me parece que ellos detienen su andar

sin atreverse luego a entrar.

Dans l’ombre douloureuse de ma chambre, à espérer

ses pas qui peut-être en reviendront pas,

il me semble parfois qu’ils se suspendent

mais sans oser entrer.

 

        Pero no hay nadie y ella no viene,

es un fantasma que crea mi ilusión

Y que al desvanecerse va dejando su visión
cenizas en mi corazón.

Mais ce n’est personne, elle ne vient pas,

c’est un fantasme que crée mon rêve

et qui en s’effaçant laisse une vision

de cendres dans mon cœur.


        En la plateada esfera del reloj,
las horas que agonizan se niegan a pasar.
Hay un desfile de extrañas figuras 
que me contemplan con burlón mirar.

Dans la sphère argentée de la montre,

les heures agonisantes refusent de passer.

Défilent d’étranges personnages

qui me contemplent d’un regard moqueur.


        Es una caravana interminable
que se hunde en el olvido con su mueca espectral,
se va con ella tu boca que era mía,
sólo me queda la angustia de mi mal.

C’est une caravane interminable

qui plonge dans l’oubli sa grimace spectrale,

avec elle s’en va ta bouche qui était mienne,

me reste seulement l’angoisse de mon mal.


Carlos Gardel (1934)

Paroles de Alfredo Le Pera

(trad. Cl.G.S.)