La plus drôle des
créatures
Comme le
scorpion, mon frère,
tu es
comme le scorpion
dans une
nuit d’épouvante.
Comme le
moineau, mon frère,
tu es
comme le moineau
dans ses
menues inquiétudes.
Comme la
moule, mon frère,
tu es
comme la moule
enfermée
et tranquille.
Tu es
terrible, mon frère,
comme la
bouche d’un volcan éteint.
Et tu
n’es pas un, hélas,
tu n’es
pas cinq,
tu es des
millions.
Tu es
comme le mouton, mon frère,
quand le
bourreau habillé de ta peau,
quand le
bourreau lève son bâton
tu te
hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas
à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la
plus drôle des créatures, en somme,
plus
drôle que le poisson
qui vit
dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y
a tant de misère sur terre,
c’est
grâce à toi, mon frère.
Si nous
sommes affamés, épuisés,
si nous
sommes écorchés jusqu’au sang,
pressés
comme la grappe pour donner notre vin,
irai-je
jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,
mais tu y
es pour beaucoup, mon frère.
Nazim Hikmet
http://www.francopolis.net/Vie-Poete/nazimhikmet.htmhttp://www.francopolis.net/Vie-Poete/nazimhikmet.htm
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