On aurait avantage à percevoir et ressentir distinctement, dans les adjectifs et pronoms possessifs, l’expression de la possession proprement dite et celle de l’appartenance. La langue ne les différencie d’aucun marqueur... Pourtant, quelle mutation de l’une à l’autre ! Et quel éventail de possibles déployant entre autres l’inclusion, la dépendance ou l’allégeance, ou même l’offrande, et parfois, en retour, la possession justifiée, portée à un degré ontologique accru par l’appartenance. Dans « Monsieur Dupont est mon patron » le possessif désigne le rapport hiérarchique, la subordination, sans préjudice toutefois d’autres colorations plus ou moins « attachées » ou possessives selon la suite éventuelle de l’affirmation, la façon de la dire ou tel ou tel élément de son contexte. « Que sont mes amis devenus », par une interversion expressive bienvenue dans le climat du poème de Rutebeuf, souligne un lien mutuel que la séparation pathétise, cette relation dans laquelle le poète et ses amis sont les uns et les autres à la fois et sans doute autant possesseurs qu’appartenants. Sous l’effet d’une bouleversante reconnaissance instantanée, le « Mon Seigneur et mon Dieu ! » de Thomas à Jésus proclame à la fois l’allégeance adoratrice du premier et la consécutive intimité réciproque de chacun avec l’autre. Et Jésus ne deviendrait pas aussitôt le bien vénéré de Thomas sans que celui-ci s’offre éperdument à sa personne. On pourrait multiplier des exemples éloquents, tirés de la vie courante ou de la littérature, des valences dites possessives et de leurs fréquentes interactions. Les examiner ferait mieux découvrir leurs richesses, parmi lesquelles des variations du couple anthropologique identité-altérité.
Cl.G.S.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire