AUX
JEUNES POÈTES
Pour
faire un poème
Pardonnez moi ce pléonasme
Il suffit de se promener
Quelque fois sans bouger
Pardonnez moi ce pléonasme
Il suffit de se promener
Quelque fois sans bouger
Regarder
dehors et dedans
Avec toutes les cellules
De votre vous
Avec toutes les cellules
De votre vous
Et
voici que vous êtes riche
Mais
n’en dites rien à personne
Pour aujourd’hui
Ne faites pas le nouveau-riche
Apprenez les bonnes manières
Car la fortune est peu de chose
à qui ne sait pas s’en servir
Pour aujourd’hui
Ne faites pas le nouveau-riche
Apprenez les bonnes manières
Car la fortune est peu de chose
à qui ne sait pas s’en servir
Vous
voici fécondés
Travaillez
façonnez polissez assemblez
Tous ces immatériels matériaux
Tous ces immatériels matériaux
Maintenant
Que vous avez reçu le monde en vous
Portez le monde qui va naître
Que vous avez reçu le monde en vous
Portez le monde qui va naître
Obéissez
Parfois aux lois des autres
Parfois aux vôtres
Parfois encore et surtout
Parfois aux lois des autres
Parfois aux vôtres
Parfois encore et surtout
À la Loi
Qui n’est ni des autres ni de vous
Qui n’est ni des autres ni de vous
Et
vous serez aimés
Des mots des sons des rythmes
Qui s’ordonneront pour vous plaire
Des mots des sons des rythmes
Qui s’ordonneront pour vous plaire
Soyez
triple comme un Dieu
Ou plutôt comme une mère
Et naîtra le poème
Ou plutôt comme une mère
Et naîtra le poème
Mais
j’aurais dû tout simplement vous dire
Copier copier
Religieusement
La vérité que vous êtes
Et vous ferez un poème
Copier copier
Religieusement
La vérité que vous êtes
Et vous ferez un poème
À condition que vous soyez poète.
Pierre Albert-Birot
(1876-1967)
de Nicole Le
Dimna , 2002
(Presses Universitaires de Rennes)
OpenEditions Books
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