Sonnet au Christ crucifié /
Soneto a Cristo crucificado
Ce qui me pousse, mon Dieu, à t’aimer,
N’est pas le ciel dont tu m’as fait promesse,
Et ce n’est pas non plus la crainte de l’enfer
Qui me retient pour autant de t’offenser.
C’est toi-même, Seigneur c’est de te voir
Cloué en croix, objet de moquerie ;
C’est de voir ton corps tout lacéré ;
Les outrages que tu subis et ta mort.
C’est en un mot l’amour de toi, en telle sorte
Que, même si le ciel n’était pas, je t’aimerais
Et même sans l’enfer, je te
craindrais.
Tu n’as rien à me donner pour que je t’aime ;
Car, même sans espérer ce que j’espère,
Du même amour que j’ai pour toi je t’aimerais.
-------------------------------------------------------------
No me mueve, mi Dios, para quererte
El Cielo que me tienes prometido,
Ni me mueve el Infierno tan temido
Para dejar por eso de ofenderte.
Tú me mueves, Señor ; Múeveme el verte
Clavado en una cruz y escarnecido;
Muéveme ver tu cuerpo tan herido;
Muévenme tus afrentas y tu muerte.
Muéveme, al fin, tu amor, y en tal manera,
Que, aunque no hubiera cielo, yo te amara,
Y aunque no hubiera infierno, te temiera.
No me tienes que dar porque te quiera ;
Pues, aunque lo que espero no esperara,
Lo mismo que te quiero te quisiera.
Sonnet
espagnol anonyme de la seconde moitié du XVIe siècle.
Attribué
sans certitude à plusieurs figures spirituelles et littéraires du Siècle d’Or,
dont Teresa de Ávila (mais elle écrivit peu de poèmes et seulement en mètres courts) et Juan de la Cruz, il pourrait être de Juan de Ávila
(1499-1569), dont l’œuvre écrite présente des passages d’inspiration voisine.
Traduction
libre, qui reprend en partie celle de Mathilde Pomès in Anthologie de la
Poésie espagnole, Stock, 1957
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire