SUR LE PONT, Brevitas (Micro-nouvelles)



Un trio

Un différend absurde (ils le sont souvent) entre Anne et Laurent finit par briser notre trio de vieille amitié épistolaire.
Je restai l’ami de chacun, me résignant, toutes tentatives de réconciliation s’étant avérées vaines, à leur éloignement mutuel. Celui-ci ne les empêchait pas de chercher à s’adresser par nos courriels interposés, me poussant à les communiquer, ce que je ne fis pas, refusant ce rôle, d’âpres récriminations parfois teintées d’humour. Elles trahissaient la permanence d’un attachement inavoué qu’ils niaient, farouches, lorsque je me permettais de le pointer.
Les années passèrent. Nous étions devenus âgés. Je reçus un jour, presque à la fois, un message de chacun. Je les savais bien malades ; ils m’annonçaient leur mort très prochaine. Chacun me recommandait d’écrire à l’autre combien son amitié était restée secrètement vivace et qu’il lui demandait pardon.
Ô mes amis, était-il encore temps ? Alliez-vous peut-être devoir, de cet Autrement imminent de la mort, apprendre en différé ce que je m’empressai alors, triste et joyeux, de vous transmettre ? 


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