D'AUTRES BORDS, Sponde (de) Jean


                                 

SONNET VI



Tout le monde se plaint de la cruelle envie
Que la nature porte aux longueurs de nos jours :
Hommes, vous vous trompez, ils ne sont pas trop cours,
Si vous vous mesurez au pied de vostre vie.

Mais quoy ? je n’entens point quelqu’un de vous qui die :
Je me veux despestrer de ces fascheux destours,
Il faut que je revole à ces plus beaux sejours,
Où sejourne des Temps l’entresuitte infinie.

Beaux sejours, loin de l’oeil, pres de l’entendement,
Au prix de qui ce Temps ne monte qu’un moment,
Au prix de qui le jour est un ombrage sombre,

Vous estes mon desir : et ce jour, et ce Temps,
Où le Monde s’aveugle, et prend son passetemps,
Ne me seront jamais qu’un moment, et qu’une Ombre.



Jean de Sponde
Stances et Sonnets sur la Mort,
in Essay de quelques poèmes chrestiens (1588)

de Madame Deloince-Louette , article « Un recueil-sermon,
les « Sonnets sur la mort « de Jean de Sponde »,
tiré de la revue Poétique et relayé par Cairn.info :



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