(150 mots)
Roman de titres
— Je songe à écrire un roman fait
de titres.
— En voilà une curieuse idée !
— N’en vaut-elle pas une autre ?
Si le titre, d’un ou quelques mots, résume un roman, s’il en est l’essence, le
carat, le chiffre, imagine un peu la densité de teneur de nombreux assemblés.
Une teneur qui ne raconterait rien ou plus exactement rien d’anecdotique... Ce
serait une sorte de narration suspendue, fantasmatique, traversée d’équivoques,
d’allusions, d’ellipses, d’à-coups, d’énigmes, que sais-je. On s’en mettrait
plein les prunelles et la tête entière, on y verrait du feu, de ce feu qui
flambe mieux que toutes les histoires.
— Vas-tu en écrire un ?
— Oui, pour le simple plaisir de
cette écriture. Je le porterai aux éditeurs. Aucun ne le prendra. Sauf un
peut-être, qui aura compris que le plus grand savoir est de connaître, les yeux
dans les yeux, la nuit étoilée du sens sporadique du monde...
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