Comme le corps ne permet point
de voir
À son esprit, ni savoir sa puissance :
Ainsi l’erreur, qui tant me fait avoir
Devant les yeux le bandeau d’ignorance,
Ne m’a permis d’avoir la connaissance
De celui-là que, pour près le chercher,
Les Dieux avaient voulu le m’approcher :
Mais si haut bien ne m’a su apparaître.
Par quoi à droit l’on me peut reprocher
Que plus l’ai vu, et moins l’ai su connaître.
À son esprit, ni savoir sa puissance :
Ainsi l’erreur, qui tant me fait avoir
Devant les yeux le bandeau d’ignorance,
Ne m’a permis d’avoir la connaissance
De celui-là que, pour près le chercher,
Les Dieux avaient voulu le m’approcher :
Mais si haut bien ne m’a su apparaître.
Par quoi à droit l’on me peut reprocher
Que plus l’ai vu, et moins l’ai su connaître.
Pernette
du Guillet
(1520-1545)
*
Deux ou trois fois bienheureux
le retour
De ce clair Astre, et plus heureux encore
Ce que son oeil de regarder honore.
Que celle-là recevrait un bon jour,
Qu'elle pourrait se vanter d'un bon tour,
Qui baiserait le plus beau don de Flore,
Le mieux sentant que jamais vit Aurore,
Et y ferait sur ses lèvres séjour !
C'est à moi seule à qui ce bien est dû,
Pour tant de pleurs et tant de temps perdu ;
Mais, le voyant, tant lui ferai de fête,
Tant emploierai de mes yeux le pouvoir,
Pour dessus lui plus de crédit avoir,
Qu'en peu de temps ferai grande conquête.
De ce clair Astre, et plus heureux encore
Ce que son oeil de regarder honore.
Que celle-là recevrait un bon jour,
Qu'elle pourrait se vanter d'un bon tour,
Qui baiserait le plus beau don de Flore,
Le mieux sentant que jamais vit Aurore,
Et y ferait sur ses lèvres séjour !
C'est à moi seule à qui ce bien est dû,
Pour tant de pleurs et tant de temps perdu ;
Mais, le voyant, tant lui ferai de fête,
Tant emploierai de mes yeux le pouvoir,
Pour dessus lui plus de crédit avoir,
Qu'en peu de temps ferai grande conquête.
Louise
Labé
(1524-1566)
*
Vous m'aviez dit que vous
m'aimiez bien fort,
Bien fort, bien fort, et ainsi je l'ai cru,
Mais tôt après vous fîtes votre effort
D'en dire autant en un lieu que j'ai vu :
Bien fort, bien fort, vous l'aimez, je l'ai su.
Il vous faut trop de forces pour deux lieux
Si fort aimer, mais prenez pour le mieux
Deux bons ciseaux coupent notre amitié,
Et retenez l'autre, qui a vos yeux,
Forces et coeur : tant de double et gracieux
Satisfera trop bien de la moitié.
Bien fort, bien fort, et ainsi je l'ai cru,
Mais tôt après vous fîtes votre effort
D'en dire autant en un lieu que j'ai vu :
Bien fort, bien fort, vous l'aimez, je l'ai su.
Il vous faut trop de forces pour deux lieux
Si fort aimer, mais prenez pour le mieux
Deux bons ciseaux coupent notre amitié,
Et retenez l'autre, qui a vos yeux,
Forces et coeur : tant de double et gracieux
Satisfera trop bien de la moitié.
Marguerite
de Navarre
(1492-1549)
*
Ô de mon bien futur le frêle
fondement !
Ô mes désirs semés en la déserte arène* ! * sable
Ô mes désirs semés en la déserte arène* ! * sable
Ô que j'éprouve bien mon
espérance vaine !
Ô combien mon tourment reçoit d'accroissement !
Ô douloureux regrets ! ô triste pensement* pensée
Ô combien mon tourment reçoit d'accroissement !
Ô douloureux regrets ! ô triste pensement* pensée
Qui avez mes deux yeux
convertis en fontaine !
Ô trop soudain départ ! ô cause de la peine
Qui me fait lamenter inconsolablement !
Ô perte sans retour du fruit de mon attente !
Ô époux tant aimé qui me rendais contente ;
Que ta perte me donne un furieux remords !
Las ! puisque je ne puis demeurer veuve et vive,
J'impètre* du grand Dieu que bientôt je te suive, * J’obtiens
Ô trop soudain départ ! ô cause de la peine
Qui me fait lamenter inconsolablement !
Ô perte sans retour du fruit de mon attente !
Ô époux tant aimé qui me rendais contente ;
Que ta perte me donne un furieux remords !
Las ! puisque je ne puis demeurer veuve et vive,
J'impètre* du grand Dieu que bientôt je te suive, * J’obtiens
Finissant mes ennuis par une douce mort.
Madeleine des Roches
(1520-1587)
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