D'AUTRES BORDS, Paz Octavio

                              

Parole

 

Parole, terme exact

et pourtant équivoque ;

obscure et lumineuse ;

blessure et fontaine ; miroir ;

miroir et splendeur ;

splendeur et poignard,

vivant poignard aimé,

non plus poignard, mais douce main : fruit.

 

Flamme qui me défie ;

cruelle pupille sereine

sur la cime du vertige ;

invisible, froide lumière

creusant dans mes gouffres,

me comblant de néant, de mots,

fenêtres furtives

dont la hâte soumet mon destin.

 

Paroles détachées de moi, mais miennes,

comme les ossements ultimes,

anonymes et frêles, de mon corps ;

sel sapide, diamant congelé

de ma larme obscure.

 

Parole, une parole, s’abandonnant,

rieuse et pure, libre,

comme le nuage et l’eau,

l’air et la lumière,

comme l’œil errant sur la terre,

comme moi, dans mon oubli.

 

Parole, une parole,

l’ultime et l’initiale,

celle que toujours nous taisons,

que toujours nous disons,

et sacrement, et cendre.

 

Octavio Paz,

Congé (1944-1949)

in Liberté sur parole (1949)

 (Trad. Cl.G.S.) 

 

 

Palabra

 

Palabra, voz exacta

y sin embargo equívoca;

obscura y lumisosa;

herida y fuente: espejo;

espejo y resplandor;

resplandor y puñal,

vivo puñal amado,

ya no puñal, sí mano suave: fruto.

 

 

Llama que me provoca;

cruel pupila quieta

en la cima del vértigo;

invisible luz fría

cavando en mis abismos,

llenándome de nada, de palabras,

cristales fugitivos

que a su prisa someten mi destino.

 

Palabra ya sin mí, pero de mí,

como el hueso postrero,

anónimo y esbelto, de mi cuerpo;

sabrosa sal, diamante congelado

de mi lágrima obscure.

 

Palabra, una palabra, abandonada,

riente y pura, libre,

como la nube, el agua, como el aire y la luz,

como el ojo vagando por la tierra,

como yo, si me olvido.

 

Palabra, una palabra, la última y primera,

la que callamos siempre, la que siempre decimos, sacramento y ceniza.

 

Octavio Paz

Asueto (1939-1944)

in Libertad bajo palabra (1949)

  

Remerciements à la revue

Les Hommes sans épaules

http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Octavio_PAZ-329-1-1-0-1.html

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