JE T’AI TANT DE FOIS...
Je t’ai tant de fois attendue,
Porteuse d’astres, de fourrures,
Ô, souffle chaud qui me rassures
Dans la sarabande des rues !
Et chaque fois tu es venue...
Es-tu flamme dans la cohue ?
Es-tu femme dans ta peau nue ?
Puis-je dire que je t’ai vue ?
C’est toi, c’est moi, ce peu de sel
Qui sèche dans nos mains fidèles.
Ceci m’appartient : c’est ton ombre.
Tu ne peux pas ne pas m’aimer
Ni moi te refuser, te rompre,
Toi que j’ignore, qui jamais
Ne franchiras les bords du songe.
Jean Rousselot
L’Homme en proie
(Les Lettres, 1949)
Jean Rousselot, Mémoires du siècle, France Culture
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