EN CALE, Désert Désir des Îles, "notîles" 14-43


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(L’intégralité du texte est de 72 « notîles »)

 

Il y a celles qui émergent à peine ; celles qui s'arrachent vers le haut,  belles et dérisoires dans leur tension abrupte ; les opulentes allongées dans leur bain ; les secrètes dont le littoral dissimule un cœur à trouver... Celles aussi qui échangent avec la mer – une anse pour un cap, une douceur de plages contre un à-pic, un isthme mince en retour d'échancrures  –, vers lesquelles va parfois  la préférence.
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15-Aussi les longues, les étirées selon les inflexions des forces qui les font naître, posées là si légères : cils aux battements plurivoques, virgules graciées quand tout s’abolissait dans le débat des vagues, ou encore, pour peu que leur ligne soit double, bouleversants sourcils à la minceur ailée rasant la houle.
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Ce qui peut-être parle et  touche le plus : leur frange ourlée. Là où terre et mer se confrontent, s'abordent, luttent ou se consultent pour le tracé de la  frontière. Là où le contour, la limite, signifie qu'est admise la finitude obligée, transfigurée en courbure et en grâce.
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Cette exposition à tous vents et courants ne dilapide pas l’intimité, mais hardiment la risque et la confirme.
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Microcosme à l’apparente merci de qui l’approche et y débarque, sa déclinaison fragile trouble pourtant assez le découvreur, peut le changer en invité, aller jusqu’à renverser les termes de la possession en lui infusant sa présence.
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Ile explorée et préservée ; qualité double,  pour sa menace et son maintien.
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20-D'abord en faire le tour. Vouloir la traverser vient à l’explorateur, au visiteur aujourd’hui, moins sûrement  – ou ne vient qu'après.
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Littoral qui tourne : exploration de tous les angles de la mer.
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Les isthmes et presqu’îles : tentatives esquissées de la mer, ou de la terre, ou des deux, ou retenues, ou manquées peut-être, ou entre-deux d’un équilibre équivoque, suspension évasive en attente de décision ? Le regard de qui les contemple en dit long…  Amis des cartes ou des sinueux cabotages, regardez-les à perte de temps. On lira dans vos yeux le choix de la réponse. 
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Il ne semble pas que le rattachement de certaines îles au continent par des voies de circulation affecte leur essence : la mer les entoure  toujours... En dépit de sa visibilité questionnante, le pont ferait lien plus fonctionnel que symbolique.
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Quintessence de l'île : littoral enroulé sur un point, ne faisant qu'un avec le centre, à la limite de son indistinction dans l'immense. Rêverie à l'extrême opposé de celle qui assigne, dans les plus vastes paysages terriens, partout le centre.
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25-La puissance métaphorique des îles ne serait pas sans la beauté participable des éléments, parcourue du regard et des jambes.
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Aucun discours sur l’île ne saurait aller droit d’un point aux autres. Il va en courbes puis s’en revient avant de repartir, véhiculant, mêlés, énoncés clairs et mouvements sourds. Ressac  langagier  qui sans exactement répéter reprend et reprend encore, et par afflux successifs avance ou du moins se déplace.
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À portée de regard, de jambes et de bras, l'île exalte l'instinct géocréateur. Robinson, à partir d'épaves, refonde, aménage et bâtit.
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Mettez plus d'une île. La solitude en passant au pluriel devient communauté.
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Archipel : là où la mer, à force d'îles égrenées, sort de l'indifférencié et devient, comme l'étymologie le souffle, première et même principale.
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30-Points de suspension éparpillés comme les dés d'un hasard improvisateur, clignotants, énigmatiquement complices, ou…
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…pièces-vestiges d’un puzzle continental éclaté lors de telle ou telle mythique catastrophe, ou sommets  éclaireurs de la terre en attente d’exhaussement plus au-dessus des flots ?
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Comme un gué en désordre, à fouler à grands caps, d'un pétale de la rose des vents à d'autres.
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Élis des îles la teneur ouvrante qui mieux que leur enchantement te fait aller de l’une à l’autre, apprenant d’elles ton tréfonds.
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Leurs maisons et leurs ports nichés au creux des accidents de la côte (comme les chalets et hameaux fichés sur la diagonale des montagnes). Humains et barques, intimité  en vue du large et le songeant, fragile couvée de l'aventure.
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35-Leçon dernière des îles : espace et intériorité.
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Encore bien des îles reçoivent le monde moderne avec des restrictions : fréquence lâche du lien nautique, tolérance conditionnelle des automobiles, etc. Ces limites matérielles participent de l'essence îlienne qui pousse à la vie simple, élémentaire voire frustre, car elle est dénuement. Parmi les îliens de lignée, des résidents d’adoption goûtent un quotidien combien plus sobre que sur le continent.
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Île : bateau immobile pour voyager, fendre espace et temps vers l’ailleurs.
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Cette réduction spatiale dilate le temps.
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Espace tournant sur soi, soulagement de l’immensité  lasse.
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40-Sa ponctualité ouverte à l'horizon comme au zénith  rend raison du phare indispensable, qui va de soi comme élément constitutif  du  fonctionnement îlien et du paysage.
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Phare sur île : conique ou anguleux, solitude au carré, horizontalité fois verticalité, comme absolue.
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Le réel excédant toutes choses du monde, et lui-même excédé sous ses espèces temporelles et spatiales par les dimensions qui leur manquent, essentiellement tout est île.
Tout, hormis l’infini. Dès lors l'île intéresse en tant que paradigme du borné, de la finitude, de l’isolement foncier de l'homme.

(la 43 a été remaniée)


Publié par La Cause Littéraire le 19-9-2016







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