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(L’intégralité du texte est de 72 « notîles »)
Il y a celles qui émergent à peine ;
celles qui s'arrachent vers le haut,
belles et dérisoires dans leur tension abrupte ; les opulentes
allongées dans leur bain ; les secrètes dont le littoral dissimule un cœur
à trouver... Celles aussi qui échangent avec la mer – une anse pour un cap, une
douceur de plages contre un à-pic, un isthme mince en retour d'échancrures –, vers lesquelles va parfois la préférence.
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15-Aussi les longues, les étirées selon les inflexions
des forces qui les font naître, posées là si légères : cils aux battements
plurivoques, virgules graciées quand tout s’abolissait dans le débat des
vagues, ou encore, pour peu que leur ligne soit double, bouleversants sourcils
à la minceur ailée rasant la houle.
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Ce qui peut-être parle et touche le plus : leur frange ourlée. Là où
terre et mer se confrontent, s'abordent, luttent ou se consultent pour le tracé
de la frontière. Là où le contour, la
limite, signifie qu'est admise la finitude obligée, transfigurée en courbure et
en grâce.
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Cette exposition à tous vents et courants ne
dilapide pas l’intimité, mais hardiment la risque et la confirme.
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Microcosme à l’apparente merci de qui
l’approche et y débarque, sa déclinaison fragile trouble pourtant assez le
découvreur, peut le changer en invité, aller jusqu’à renverser les termes de la
possession en lui infusant sa présence.
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Ile explorée et préservée ; qualité double, pour sa menace et son maintien.
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20-D'abord en faire le tour. Vouloir la traverser
vient à l’explorateur, au visiteur aujourd’hui, moins sûrement – ou ne vient qu'après.
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Littoral qui tourne : exploration de tous les
angles de la mer.
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Les isthmes et presqu’îles : tentatives
esquissées de la mer, ou de la terre, ou des deux, ou retenues, ou manquées
peut-être, ou entre-deux d’un équilibre équivoque, suspension évasive en
attente de décision ? Le regard de qui les contemple en dit long… Amis des cartes ou des sinueux cabotages,
regardez-les à perte de temps. On lira dans vos yeux le choix de la
réponse.
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Il ne semble pas que le rattachement de
certaines îles au continent par des voies de circulation affecte leur
essence : la mer les entoure
toujours... En dépit de sa visibilité questionnante, le pont ferait lien
plus fonctionnel que symbolique.
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Quintessence de l'île : littoral enroulé sur
un point, ne faisant qu'un avec le centre, à la limite de son indistinction
dans l'immense. Rêverie à l'extrême opposé de celle qui assigne, dans les plus
vastes paysages terriens, partout le centre.
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25-La puissance métaphorique des îles ne serait pas
sans la beauté participable des éléments, parcourue du regard et des jambes.
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Aucun discours sur l’île ne saurait aller droit d’un point aux autres.
Il va en courbes puis s’en revient avant de repartir, véhiculant, mêlés,
énoncés clairs et mouvements sourds. Ressac
langagier qui sans exactement
répéter reprend et reprend encore, et par afflux successifs avance ou du moins
se déplace.
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À portée de regard, de jambes et de bras,
l'île exalte l'instinct géocréateur. Robinson, à partir d'épaves, refonde,
aménage et bâtit.
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Mettez plus d'une île. La solitude en passant
au pluriel devient communauté.
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Archipel : là où la mer, à force d'îles
égrenées, sort de l'indifférencié et devient, comme l'étymologie le souffle,
première et même principale.
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30-Points de suspension éparpillés comme les dés d'un
hasard improvisateur, clignotants, énigmatiquement complices, ou…
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…pièces-vestiges d’un puzzle continental éclaté lors de telle ou telle
mythique catastrophe, ou sommets
éclaireurs de la terre en attente d’exhaussement plus au-dessus des
flots ?
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Comme un gué en désordre, à fouler à grands
caps, d'un pétale de la rose des vents à d'autres.
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Élis des îles la teneur ouvrante qui mieux
que leur enchantement te fait aller de l’une à l’autre, apprenant d’elles ton
tréfonds.
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Leurs maisons et leurs ports nichés au creux
des accidents de la côte (comme les chalets et hameaux fichés sur la diagonale
des montagnes). Humains et barques, intimité
en vue du large et le songeant, fragile couvée de l'aventure.
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35-Leçon dernière des îles : espace et intériorité.
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Encore bien des îles reçoivent le monde
moderne avec des restrictions : fréquence lâche du lien nautique, tolérance
conditionnelle des automobiles, etc. Ces limites matérielles participent de
l'essence îlienne qui pousse à la vie simple, élémentaire voire frustre, car
elle est dénuement. Parmi les îliens de lignée, des résidents d’adoption
goûtent un quotidien combien plus sobre que sur le continent.
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Île : bateau immobile pour voyager, fendre
espace et temps vers l’ailleurs.
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Cette réduction spatiale dilate le temps.
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Espace tournant sur soi, soulagement de
l’immensité lasse.
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40-Sa ponctualité ouverte à l'horizon comme au
zénith rend raison du phare indispensable,
qui va de soi comme élément constitutif
du fonctionnement îlien et du
paysage.
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Phare sur île : conique ou anguleux, solitude
au carré, horizontalité fois verticalité, comme absolue.
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Le réel excédant toutes choses du monde, et
lui-même excédé sous ses espèces temporelles et spatiales par les dimensions
qui leur manquent, essentiellement tout est île.
Tout, hormis l’infini. Dès lors l'île intéresse
en tant que paradigme du borné, de la finitude, de l’isolement foncier de
l'homme.
(la 43 a été remaniée)
Publié par La
Cause Littéraire le 19-9-2016
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