EN CALE, Porteur Silence, articles sur le recueil




Ouvrages édités



Note de lecture d’Élisée Bec (15-9-2017, parue dans la revue de poésie Lichen, n° 19, oct. 2017) 





Clément G. Second : Porteur Silence, poésie (éditions Unicité, 2017) ; ISBN 978-2-37355-141-9 ; 214 pages ; 16 €.



Donner aux cils des mots leur content de lumière (p. 176)


Le lecteur, la lectrice accoutumé(e) de Lichen connaît l'écriture exigeante de Clément G. Second, fidèle parmi les fidèles. Mais voilà son premier recueil publié.
Je ne connais pas la bibliothèque de Clément, mais j'imagine que ni Saint John Perse, ni Mallarmé n'en sont absents. Ses poèmes sont, à mes yeux, de fort beaux hommages à ces grands poètes.

« La magie du désir a beau palper le temps,
le temps en reste à son énigme

L'à-venir est de tout moment » (94)

La recette de Clément Second ? La voici en quelques vers — peut-être —, glanés d'ici, de là :

« Ne pas bouger, voilà — humer fin le moment,
narines pincées, dos droit, nuque en souplesse
et les deux mains dépossédées
longtemps,

jusqu'à localiser à l'incertaine estime
l'objet — non, le sujet si libre de ce guet »
et ce poème se clôt, plus bas, par un vers magnifique que je trouve éminemment mallarméen :
« [...] qu'à la faveur d'un rien son heure unique advienne. » (128)

« [...] se taire est passé à écrire
en pointillé de noir et blanc,
cette couture pour unir
sans ligoter le jeu souple des ampleurs,
intermittence
clignotant vers les autres. » (14)

« Moins de loquacité, fendre les phrases
pour que diffuse une évidence » (17)

« Tenir, s'en tenir à
un mot à mot sur de l'instable,
à la merci des crues du vide
et de l'inadvertance
Et quand la mélancolie sourd,
décacheter autant qu'il se peut l'enveloppe
où son feu implose. » (40)

« Le grand art des questions sous la pluie :
s'y prendre assez tôt, que rouillent les réponses. » (104)

« Tais-toi, recouds ta langue et brûle cette soif
à même l'erreur désaltérante :
c'est après extinction qu'un poème commence,

lorsque sa nuit,
sa nuit agilement levée
                                      nous illumine. » (125)

« Porté par le silence, écrire est-ce répandre
des temps au papier la propre inclination ?

— Alors il s'en faudrait que le lien entre source et terre
en se croisant tisse le moindre pan
pour d'autres que soi »  (129)

Mais pourquoi donc une telle fascination pour le silence ?
« Car Il y a tant d'arborescence qu'à l'écrire
elle se superpose au branchage du jour » (38)

Et parce qu' « Énoncer revient à taire tout le reste
si n'en tressaille pas ce que l'on dit (34)

En effet, il n'en faut qu'« [...] assez pour juste annoter
le fil résiduel des choses. » (53)

Second aligne donc « Mots puis mots, joints par espacement » (164) — des mots qu'on n'attend pas ou pas —, recherchant, « [...] à la flamme de mots non complaisants qui savent » (79), le « [...] mélodieux embusqué dans les mètres » (39).

Car « Aux jalousies des ans s'attardent les pensées » (71) et
« La solitude est un des noms préférés du silence,
qui voile ainsi son art de partager »  (166).

Ainsi, notre ami écrit pour
« [...] celles en va-et-vient, tisseuses de sentiers,
bergères à leurs troupeaux zébrant de clair les pentes,
pointillées en souplesse pour gué de connaissance [...] » (162).

Et, « [...] s'il n'était un murmure où le mûr à présent
ne mure plus sa rumeur à griefs »  (83), il suffirait alors de
« Cligner de l'œil aux rayons qui dérobent
des écailles de désespoir pour ne pas les rendre,

avant de mieux s'y installer dès la tasse de café vide
— qu'on aura fait durer exprès —,
la tête au rendez-vous avec une page. »  (170)

Élisée Bec, pour Lichen.

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