D'AUTRES BORDS, Mandelstam Ossip


                           

Deux traductions d’un même poème



Je ne suis pas encore mort, encore seul,
Tant qu’avec ma compagne mendiante
je profite de la majesté des plaines,
De la brume, des tempêtes de neige, de la faim.
Dans la beauté, dans le faste de la misère,
Je vis seul, tranquille et consolé,
Ces jours et ces nuits sont bénis
le travail mélodieux est sans péché.
Malheureux celui qu’un aboiement effraie
Comme son ombre et que le vent fauche,
Et misérable celui qui, à demi mort,
Demande à son ombre l’aumône.

13-16 janvier 1937 Deuxième cahier de Voronej
Traduit par Philippe Jaccottet


Esprits Nomades : « Pour montrer les ambiguïtés inévitables de la traduction voici une deuxième tentative de traduction du même poème, irradiante et tout à fait autre: »

La mendiante

Tu n’es pas mort encore, tu n’es pas seul encore,
Tant que pour toi, pour toi et ton amie-mendiante,
Tu vis la majesté des plaines, l’immensité,
Tu vis la faim, la brume et les tempêtes de neige.
Fastueuse la pauvreté, grandiose la misère,
Tu vis seul, paisiblement et sereinement,
Tous ces jours et ces nuits entre tous sont bénis,
Et, le mélodieux labeur, si innocent.
Mais, malheureux celui qu’un aboiement effraie
Comme son ombre, et que le vent de l’hiver, fauche,
Et, misérable celui qui à peine vivant
Demande à son ombre, un peu de charité.

Traduit par Serge Venturini

Ossip Mandelstam

Reproduit de Esprits Nomades,« Ossip Mandelstam, Contre tout espoir » :Présentation et plusieurs poèmes




2 commentaires:

  1. Il y a aussi ces 5 émissions sur France Cult, voici https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/pages-arrachees-a-loeuvre-dossip-mandelstam-15-lenfance (j'espère que le lien est actif) :-))

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