Un oeil, ouvert
Heures, couleur mai, fraîches.
Ce qui n’est plus à nommer, brûlant,
audible dans la bouche.
Ce qui n’est plus à nommer, brûlant,
audible dans la bouche.
Voix de personne, à nouveau.
Profondeur douloureuse de la prunelle :
la paupière
ne barre pas la route, le cil
ne compte pas ce qui entre.
la paupière
ne barre pas la route, le cil
ne compte pas ce qui entre.
Une larme, à demi,
lentille plus aiguë, mobile,
capte pour toi les images.
lentille plus aiguë, mobile,
capte pour toi les images.
1959
in Grille de parole
(Christian
Bourgois, 1991)
*
L’écrit se creuse, le
Parlé, vert marin,
brûle dans les baies,
Parlé, vert marin,
brûle dans les baies,
dans les noms
liquéfiés
les marsouins fusent,
liquéfiés
les marsouins fusent,
dans le Nulle part éternisé, ici,
dans la mémoire des cloches
trop bruyantes – mais où donc ?,
dans la mémoire des cloches
trop bruyantes – mais où donc ?,
qui
dans ce
rectangle d’ombres,
s’ébroue, qui
sous lui
scintille un peu, scintille, scintille ?
dans ce
rectangle d’ombres,
s’ébroue, qui
sous lui
scintille un peu, scintille, scintille ?
Toi aussi parle
in Renverse du souffle
Trad. Jean-Pierre Lefebvre
Christian Bourgois, 2003
*
Toi aussi parle
parle comme le dernier
dit ton message
parle comme le dernier
dit ton message
Parle -
Mais ne sépare pas le oui du non
Donne aussi le sens à ton message :
donne lui l’ombre.
Mais ne sépare pas le oui du non
Donne aussi le sens à ton message :
donne lui l’ombre.
Donne-lui assez d’ombre,
donne-lui en tant,
que tu en sais autour de toi partagée
entre minuit et midi et minuit.
donne-lui en tant,
que tu en sais autour de toi partagée
entre minuit et midi et minuit.
Regarde alentour,
vois, comment ce qui t’entoure devient vivant -
Par la mort ! Vivant !
Celui dit vrai, qui parle d’ombre.
Mais voici que s’étiole l’endroit ou tu es ;
vois, comment ce qui t’entoure devient vivant -
Par la mort ! Vivant !
Celui dit vrai, qui parle d’ombre.
Mais voici que s’étiole l’endroit ou tu es ;
Maintenant où aller, à découvert d’ombre, où aller ?
Monte. vers le haut en tâtonnant.
Plus grêle tu deviens, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l’étoile veut descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
là où elle se voit luire : dans la houle
des mots errants.
Monte. vers le haut en tâtonnant.
Plus grêle tu deviens, plus méconnaissable, plus fin !
Plus fin : un fil,
où l’étoile veut descendre :
pour nager en bas, tout en bas,
là où elle se voit luire : dans la houle
des mots errants.
in La Rose de personne
Trad.
Martine Broda
(Le Nouveau
Commerce, 1979)
(José Corti,
2002)
(Points/Poésie,
2007)
*
Dans le rouge du tard
Dans le rouge du tard les noms
dorment :
un
ta nuit en éveille
et le conduit, accompagné de
blancs bâtons,
à tâtons vers le mur du sud de
ton cœur,
sous les pins :
l'un, de taille d'homme,
franchit en marchant, la ville
des potiers
là où la pluie entre en amie
d'une heure de la mer.
Dans le bleu
il prononce un mot d'arbre
d'ombre promise,
et ton nom aimé
recompte et dépose ses syllabes.
in La Rose de personne
Trad.
Martine Broda
(Le Nouveau
Commerce, 1979)
(José Corti,
2002)
(Points/Poésie,
2007)
Paul Celan
Dans le blog Voyage autour de ma
bibliothèque, de M. Jean-Claude Trutt, cet article approfondi sur Paul Celan, écrivain
judéo-allemand
↓
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