D'AUTRES BORDS, Dupuis Sylviane (trois poèmes)


                          

Art Poétique

Dans un sommeil m’entraîne
où je ne savais pas
creusant la nuit, ma monture somnambule
si loin qu’au réveil il faudra
(revenue, la limitée vision diurne)
pas à pas tout refaire à l’envers,
l’oreille attentive aux rythmes, et l’oeil
à la géométrie,
un à un glanant mes cailloux
parmi le soulèvement imperceptible du
dessous
pour jeter des ponts sur l’air

*              

Où danser ?

L’impalpable splendeur de toujours
erre au coeur d’aujourd’hui
éperdue, se cognant
au vide
cherchant âme
qui vive, dans le noir
dans l’ossuaire de nos rêves
– et où danser



Sylviane Dupuis,
Géométrie de l’illimité
(Genève, La Dogana, 2000)



                           *


Tabula rasa

I
Maintenant quoi?
Rien
ne nous aidera du monde ancien
ni la vieille illusion, ni même
l’ancien balbutiement
des prières:
Job nu, peut-être,
sur son tas
connut le mot d’aujourd’hui

II
Passés par le mutisme
opaque et l’égarement
– déconstruits perdus jetés
à l’innommable, nous
crions!
vers personne (et pourtant
du dedans – du comble du
défait – obscure et vagissante
pousserait une voix
verticale
d’une douceur d’une violence telles
qu’on ne l’entend)

III
Pousserait une voix
comme une main
comme une feuille
comme un corps de clarté
ou l’abîme
– vers qui? vers quoi?
sinon
vers ce qui recommence
du comble du défait, ce qui
de rien refait une aube



Sylviane Dupuis
Poème de la méthode
(Lausanne, Ed. Empreintes, 2012)

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