D'AUTRES BORDS, Neruda Pablo

                                                                          
                        SACHEZ-LE SACHEZ-LE SACHEZ

                        Hélas le mensonge que nous vécûmes
                        fut notre pain quotidien.
                        Messieurs du XXI ème siècle,
                        il faut que soit connu
                        ce qui fut ignoré de nous,
                       
que l’on pèse le pour et le contre,
car nous-mêmes ne le sûmes pas,
et que nul ne consomme plus
la nourriture mensongère
qui nous alimentait à l’époque.

Ce fut le siècle communicateur
des incommunications :
les cables sous la mer
furent parfois véritables
quand le mensonge parvint
à avoir plus de latitude
et plus de longitudes que l’océan :
les langages s’habituèrent
à apprêter la dissimulation,
à suggérer les menaces,
et les longues langues du câble
lovèrent comme des serpents
le boniment colossal
jusqu’au partage entre nous tous
de la bataille du mensonge
et après avoir menti en courant
nous nous mîmes à mentir pour tuer,
en mentant nous finîmes par mourir.

Nous mentions avec les amis
dans la tristesse et le silence
et l’ennemi nous mentit
la bouche remplie de haine.

Ce fut l’âge froid de la guerre.

L’âge tranquille de la haine.

Une bombe de temps en temps
brûlait l’âme du Viet-Nam.

Et Dieu fourré dans sa cachette
guettait comme une araignée
les provinciaux reculés
qui par somnolente passion
s’abîmaient dans l’adultère.

Pablo Neruda
Fin de monde (Ed. Losada, 1969)

(Trad. Cl.G. S.)


SEPAN LO SEPAN LO SEPAN
 

Ay la mentira que vivimos
fue el pan nuestro de cada día.
Señores del siglo veintiuno,
es necesario que se sepa
lo que nosotros no supimos, 

que se vea el contra y el por,
porque no lo vimos nosotros,
y que no coma nadie más
el alimento mentiroso
que en nuestro tiempo nos nutría.

Fue el siglo comunicativo
de las incomunicaciones:
los cables debajo del mar
fueron a veces verdaderos
cuando la mentira llegó
a tener mayor latitud
y longitudes que el océano:
los lenguajes se acostumbraron
a aderezar el disimulo,
a sugerir las amenazas,
y las largas lenguas del cable
enrollaron como serpientes
el mentidero colosal
hasta que todos compartimos
la batalla de la mentira
y después de mentir corriendo
salimos mintiendo a matar,
llegamos mintiendo a morir.

Mentíamos con los amigos
en la tristeza o el silencio
y el enemigo nos mintió
con la boca llena de odio.

Fue la edad fría de la guerra.

La edad tranquila del odio.

Una bomba de cuando en cuando
quemaba el alma de Viet Nam. 

Y Dios metido en su escondite
acechaba como una araña
a los remotos provincianos
que con soñolienta pasión
caían en el adulterio.

Pablo Neruda,
Fin de mundo
(Losada, 1969)

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