D'AUTRES BORDS, Potterez Harry

      Un divan au grand air


                                                                        



1 commentaire:

  1. L'ombre qui s'étire en direction de la route fait un cylindre aplati avec, à son sommet gisant, un couvercle dressé en un chapeau vu de profil, une casquette peut-être, un bonnet, qui sait ? On dirait une bougie, une flammèche dessinée sur le talus tout sec et le sofa collé par la cire hypothétique ( ou la maille plus ou moins tricotée du chapeau, de la casquette et du bonnet ) fend la couleur des choses.
    La magie est là.
    Le banc de bois, minuscule dans l'oblique toute gravillonnée, snobe le moelleux bleu. La concurrence biplace efface la place assise aménagée au bord du petit chemin depuis le début, gomme les contours, déloge la halte habituelle. C'est rude pour un banc.
    Le divan fait régence.
    Je saisis le geste qui a posé l'hermine de l'art dessus.
    Harry, tu as vu le panache et maintenant, je le regarde en prenant tout le temps nécessaire, il bruisse. C'est le son des branches, c'est le frottement des feuilles contre le bruit. Le bruit vient de la route, vient du moteur qui n'en revient pas de la vision fugace. Est ce le moteur qui toussote ou le chauffeur ébahi qui dira, plus tard, ce qu'il a vu et personne ne le croira ?
    La plaine aligne son buste, ses hanches, ses épaules sur les courbes au loin. La plaine protège, cajole, fait écrin entre l'air qui est grand et le ciel qui prend toutes ses aises et je me me dis qu'en nous serrant bien fort, bien doucement,les uns contre les autres, il y a de la place pour trois sur le divan.
    Je prendrais avec moi un thermos de thé à l'orange, des tasses avec anses peut-être recollées, anciennement brisées mais quelle importance, quelle importance ...

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