Dans sa robe de
signes
Connaît-on
la puissance des choses ?
Un
graffiteur passionné couvrait de ses inscriptions un grand mur oublié, vestige
encore debout dans une friche industrielle, persuadé de lui rendre ainsi une noblesse dont l’avait déchu
l’évolution urbaine.
L’abandon
dégradant de plus en plus ce réceptacle, notre inscripteur graffitait d’autant.
Le mur appréciait cette intensification, s’efforçant de conserver sur son
délabrement les précieuses traces peintes et
en réclamant toujours davantage.
Un
jour, le graffiteur en pleine action
sentit sa bombe, sa main, son bras, comme retenus par le mur. Cela se répéta
par la suite, jusqu’au moment où l’attraction s’imposa : elle finit par le
plaquer, le superposer avec son matériel à la surface pariétale qui jubilait
dans sa robe de signes d’avoir pour elle, désormais tout entier, le seul être à
continuer de l’honorer.
Publié en
octobre 2018 dans la revue Littératures brèves
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire