SÉJOUR
DES MOTS
la phrase ardente est ma maison
je
me déplace au cœur du Verbe
le
lieu créé par la Parole
est
habitable à tout instant
dans
ses limites s’accomplit
le
miracle de ma naissance
*
Les
amandiers respendissants
couvrent
les monts de leur mystère
ils
conjurent l’immensité
la
nuit même la nuit
ne
parvient pas à les éteindre
*
Les
mots des écrivains
dissimulent
la route
écoute
plutôt la leçon
des
salves brèves du pivert
*
Ma
demeure ne peut se voir
elle
n’a ni toit ni murs
on
ne la trouve pas sur le cadastre
elle
est faite de mes rencontres
avec
la danse du VIVANT
*
La
vie lente
la
vie sans hâte
impossible
ici de parler
marcher
marcher
mais
en soi-même
à
l’Ouest un nuage sans nom
les
digitales à contrejour
*
Si
je n’ai rien à déclarer
défiez-vous
de ma pauvreté
j’ai
dans les mains
des
champs de braise
et
le lourd essaim
des
étoiles
*
C’est
l’arbre ici qui règne
et
non ma phrase obscure
au
lourd mutisme de ces bois
je
mesure mon indigence
*
Quel
don perdu, parfois, nous fait saluer
dans
les formes du ciel
la
certitude d’un destin ?
aurions-nous
hérité de quelque dieu lointain
la
faculter de relier les signes ?
un
inconnu vivant en nous
s’alimente
en nous brisant
des
soubresauts du paysage
Luis
Porquet
Extraits, in
revue Encrage n° 14, Poèmes 1982
Voir aussi dans le blog L’Anthologie subjective de G. Allix :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire