APRÈS LA PÊCHE, Notes sur l'écriture


 

La trajectoire de la pratique, même à visée claire, subit des modifications significatives en entrant dans le corps de la langue ; comme si celui-ci avait, sinon le dernier mot, sinon son mot à dire, du moins un pouvoir de réfraction ou même d’inflexion sur le cours de l'œuvre.
Écrire, c'est persuader la feuille au plus près de l’allant de l’encre. Au plus près, c'est à dire incomplètement. Dans cette incomplétude se jouent l’aboutissement et l’égarement, la frustration et le plaisir.
Il me semble que toutes les pratiques passent par cette modification tâtonnante dont le spectre possible s’étend de l’imprévue richesse à la déperdition qualitative ou à l’impasse.  Extensible aux autres arts.
"Le pire des malheurs, affirme Léonard : quand l'idée qu'on s'en fait dépasse l'œuvre." Et l'un des plus savoureux bonheurs : lorsque l'aboutissement "déçoit" en réussite imprévue l’intentionnalité foncière.
Ou encore lorsque créer rapproche de la plénitude en acte. Me reviennent en mémoire deux vers (le deuxième en particulier implique tant) de Pablo Neruda sur les artisans-artistes précolombiens,  lesquels dans sa vision

            « tejían el fulgor de la pluma,
            convencían a la turquesa »
           
           « tissaient la splendeur de la plume,
           convainquaient la turquoise »
            ...
(Canto General I, I, Les Hommes)


Cl.G. S.



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