L’AURORE
L'Aurore de New York
a quatre colonnes de vase
et un ouragan de noires colombes
qui barbotent dans l'eau pourrie.
L'aurore de New York gémit
dans les immenses escaliers,
cherchant parmi les angles vifs
les nards de l'angoisse dessinée.
L'aurore vient et nul ne la reçoit dans sa bouche
parce qu'il n'y a là ni matin ni possible espérance.
Parfois les pièces de monnaie en essaims furieux
percent et dévorent des enfants abandonnés.
Les premiers qui sortent comprennent dans leurs os
qu'il n'y aura ni paradis ni amours effeuillées;
ils savent qu'ils vont à la fange des nombres et des lois,
aux jeux sans art, aux sueurs sans fruit.
La lumière est ensevelie sous les chaînes et les bruits
en un défi impudique de science sans racines.
Il y a par les faubourgs des gens qui titubent d'insomnie
comme s'ils venaient de sortir d'un naufrage de sang.
Federico García Lorca(1898-1936)
Poète à New York (1929-1930, publié en 1940)
Trad. de Pierre Darmangeat
LA AURORA
LA aurora de Nueva York tiene
cuatro columnas de cieno
y un huracán de negras palomas
que chapotean las aguas podridas.
La aurora de Nova York gime
por las inmensas escaleras
buscando entre las aristas
nardos de angustia dibujada.
La aurora llega y nadie la recibe
en su boca
porque allí no hay mañana ni
esperanza posible.
A veces las monedas en enjambres
furiosos
taladran y devoran abandonados
niños.
Los primeros que salen comprueban
con sus huesos
que no habrá paraíso ni amores
deshojados;
saben que van al cieno de números
y leyes,
a los juegos sin arte, a sudores
sin fruto.
La luz es sepultada por cadenas y
ruidos
en impúdico reto de ciencia sin
raíces.
por los barrios hay gentes que
vacilan insomnes
como recién salidas de un
naufragio de sangre.
Federico García Lorca
Poeta en Nueva York (1929-1930, publicado en
1940)
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