Je suis en partance
Aux jours de l’exil
Aucune importance
Je tiens le bon fil
J’ai lu le grand Meaulnes
Je dors si je veux
Mes doigts restent jaunes
Et noirs mes cheveux
Dehors me murmure
À travers le toit
Et chaque voiture
Va passant pour moi
Comme en ta couchette
Rêvant sur le bois
M’abreuve en cachette
À l’eau que tu bois
Et si j’en ai marre
Plein mon cendrier
J’ajoute une barre
Au calendrier
* * *
On s’en va courir la nuit
Pour notre pain notre lit
Conduis-moi pour toi j’écoute
Ce que fredonne la route
On peut bien derrière nous
Crier au voleur au fou
Chien méchant mourir de rage
La mort pâlir au virage
Dieu qui connaît notre amour
Nous laissera bien ce jour
Quelle vie est importante
Au-delà du cent quarante
Doigts sérieux au volant
Cinq doigts rieurs appelant
La cigarette allumée
Dialogue de fumée
Minuscule triolet
Au fantastique ballet
Le poids de chaque seconde
S’évapore comme une onde
Laisse passer la saison
Le temps y fait sa chanson
Sans agonie et sans risque
Il tourne comme un beau disque
* * *
Il y a des mois que j’écoute
Les nuits et les minuits tomber
Et les camions dérober
La grande vitesse à la route
Et grogner l’heureuse dormeuse
Et manger la prison les vers
Printemps étés automnes hivers
Pour moi n’ont aucune berceuse
Car je suis inutile et belle
En ce lit où l’on n’est plus qu’un
Lasse de ma peau sans parfum
Que pâlit cette ombre cruelle
La nuit crisse et froisse les choses
Par le carreau que j’ai cassé
Où s’engouffre l’air du passé
Tourbillonnant en mille poses
C’est le drap frais le dessin mièvre
Léchant aux murs le reposoir
C’est la voix maternelle un soir
Où l’on criait parmi la fièvre
Le grand jeu d’amant et maîtresse
Fut bien pire que celui-là
C’est lui pourtant qui reste là
Car je suis nue et sans caresse
Mais veux dormir ceci annule
Les précédents Ah m’évader
Dans les pavots ne plus compter
Les
pas de cellule en celluleAlbertine Sarrazin (1937-1967)
Liens : voir au bas de la page du 1-12-18
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