Ouvrages en attente d’édition
Acte I, scène 2
Entrent
Émile et Léa. Léa se précipite et les embrasse. Émile s’approche en leur
souriant, bien qu’un peu grave.
Racille. Montre-moi ce beau visage. Me sourira-t-il ?
Léa.
Comme chaque fois que je suis près de toi. Elle essuie
une larme et en s’efforçant de sourire lui donne un baiser.
Émile. Comment vont mes amis ces jours-ci ? À présent que l’ouvrage est réduit
pour moi sur tes terres, je passe moins
vous voir pour ne pas aggraver vos
regrets, mais mon cœur pour autant ne s’est pas éloigné…
Quentin
Cincinnatus. D’un geste affectueux, il pose sa main sur
l’épaule d’É. Existe-t-il
meilleur ami ? Viens, Émile, assieds-toi… Dis-moi de tes nouvelles… Et
parle-moi de Rome.
Racille
et Léa s’éloignent en dialoguant à quelques pas, ils restent seuls.
É. Je
m’ennuie davantage et surtout me soucie pour Léa et Céson. C’est la situation. Tu la subis aussi, hélas. Il faut rester serein. Des jours meilleurs
viendront, pour le bonheur de tous. Mais il faudra traverser la période,
Cincinnatus et…
C. Mais
que veux-tu dire, mon ami ? Ne me cache rien. Je veux savoir, comprends-tu !
É. Tu
sais combien les Èques turbulents et tenaces harcèlent nos troupes à
l’occasion, et qu’ils visent à nous détruire. De son mieux le Consul Minucius
leur a tenu tête, les repoussant même à plusieurs reprises. Or le bruit court
dans la ville que tout récemment…
QC. se
penche vers É. pour le presser de poursuivre. Des bruits de pas assez nombreux
se font entendre. Un serviteur introduit une délégation dans laquelle on peut
reconnaître plusieurs Sénateurs de la Cité.
Scène 3
QC. Ô
Sénateurs, votre présence est un honneur pour ma maison. Excusez ma tenue.
C’est que j’étais il y a peu dans les sillons… S’adressant
à ses gens. Qu’on apporte à boire et à manger. Sénateurs,
que me vaut…
Le Sénateur
Doyen. – Merci Cincinnatus, nous ne venons pas pour manger ni boire… Sans doute
es-tu au courant des difficultés qui affligent Rome. Comme toi, nous voulons
son bien et sa gloire. Depuis l’intervention qui fit de toi le plus illustre
des Romains, nous vivions de nouveau en paix et concorde. Or la menace des
Èques a pesé sur cette harmonie. Devant le danger, des positions divergentes se
sont dessinées dans la ville. Si la plupart préconisent la réduction de
l’ennemi, certains, comme les tribuns Verginius ou Fictor (citer ces noms
blesse ta mémoire, pardonne-moi) ont réclamé de plus en plus fort qu’on
négocie. L’unité de nos troupes, leur moral, en a souffert. L’autorité de
Minucius aussi.
QC. Impatiemment. Venons-en au fait, Doyen. Où en sont les combats ?
SD. Nous venons de l’apprendre, la cavalerie équéenne a enveloppé et en partie
détruit la nôtre. Avec les cavaliers survivants et le gros des fantassins, le
consul Minucius s’est retranché sur le
mont Algide. Un messager a pu traverser
les lignes ennemies, porteur d’un message du Consul assiégé.
QC. Sombre
et concentré. Ainsi la situation est grave. On a vu
pourquoi, et par la faute de qui. Mais la seule question à laquelle répondre à
présent, est celle du comment. Comment défendre
Rome et vaincre ? Sénateurs, le salut est dans la mobilisation générale.
Tous les citoyens de bonne volonté doivent unir leurs forces. Il faut aussi
lever une armée nouvelle : rappeler les seniors, enrôler d’autorité les
jeunes en état de combattre…
SD. Justement, Cincinnatus. Par ce message Minucius nous demande de te nommer dictateur pour six mois. La
maladie que l’on sait empêche l’autre Consul d’agir. La gravité des faits justifie que te soit
décernée cette charge. Minucius insiste : notre avenir dépend, de ta prestigieuse autorité en actes.
Nous en sommes aussi convaincus. Cincinnatus, refuseras-tu ce que par notre
voix la Rome que tu aimes te demande ? Refuseras-tu qu’elle te couronne
dictateur ?
Il
fait venir la couronne dictatoriale et fait le geste de la donner à
Cincinnatus.
QC.
Écoutez-moi, Romains qui aimez Rome. Je suis son serviteur. Je n’ai jamais
manqué à l’honneur de ma Ville. Malgré ce qu’avec mon épouse et mon fils je
subis encore, conséquence cruelle du
procès ourdi par qui vous savez. Cette infamie sur ma Maison, vous l’avez en
mémoire. Le Sénat hésite encore à l’effacer alors que j’ai ramené la concorde
en l’imposant à ces deux instigateurs et à d’autres fauteurs de troubles. Il
laisse s’installer un moment de silence. Et pourtant, Sénateurs,
me verriez-vous un seul instant me détourner ? Privilégier ma cause dans
Rome menacée ? Croyez-vous que combattre au risque de périr puisse faire
trembler mon cœur, mon bras ? Ou que le doute de vaincre l’assombrisse ? Il
se tait quelques secondes. J’accepte la couronne pour
que l’autorité de Rome règne. Je deviens dictateur par votre volonté. Il le
faut bien dans ces dangers. J’en accepte l’honneur et la charge. Je les rendrai
avant six mois. Six mois loin de la terre qui me reste, toutes récoltes perdues ? Mais ma maison serait
ruinée, pouvez-vous le comprendre ? Haussant la voix. Et pouvez-vous comprendre
que la Patrie n’attende pas ? D’ici
moins d’un mois ce sera la victoire. J’en fais devant vous et les Dieux la
promesse ! QC. prévient d’un geste autoritaire
toute parole du Sénateur Doyen. Il prend
respectueusement la couronne et la pose
sur sa tête. À
présent, Doyen et Sénateurs, à présent allez publier l’ordre de mobilisation de
tous les hommes en état de combattre. Et annoncez que j’attendrai demain matin,
sur le Forum, les responsables et le
peuple de Rome tout entier. En tant que Dictateur j’aurai à leur parler.
Scène 4
Sur la
terrasse de la villa. QC. et É., seuls après le départ de la délégation de
responsables. Ils sont bientôt rejoints par R. et L.
É. Je
regrette seulement de n’être qu’un vieillard…Tu as bien décidé, Cincinnatus, et
parlé avec éloquence. Avec toi notre Rome est rassurée ce jour – et d’ici peu
victorieuse.
QC. Avec
toi aussi, mon ami qui sais me soutenir, et avec ceux de bonne volonté prêts à
aller s’il le faut jusqu’au sacrifice. Je veux qu’entre vous et moi l’unité
soit totale. Que vous soyez moi et que je sois vous. Ô Émile…
É. Tu peux t’ouvrir à ton ami.
QC. J’assume par devoir et foi le titre à moi conféré, mais pourquoi faut-il si
souvent que le pouvoir tienne entre les
mains d’un seul ? Quand viendra-t-il,
le temps où il sera partage ? Le temps où chacun à sa place le portera en
actes ? Ce temps sera celui de l’invincibilité et du bonheur de notre
peuple… Si tu savais combien j’ai hâte…
É. …
et combien il te faut patienter. Mais vois en attendant la vertu inégale d’un
citoyen à l’autre, les faiblesses et erreurs qui en résultent.
Les
dangers pour notre Cité. Pour la droiture et l’efficacité des initiatives, un
seul doit commander depuis son excellence. Aucun autre que toi n’en serait
capable.
R. Aucun autre, cher Émile. Aucun autre que toi, mon Quentin Cincinnatus. Nous
n’étions pas si loin que je n’aie pu entendre, lorsque tu parlais avec eux. La
fierté et la crainte ensemble ont traversé mon cœur ! De nouveau mon époux
est le rempart de Rome, et mon époux peut en perdre la vie…
QC.
Ma Racille, que tu saches…
R.
Que tu m’aimes ? Oh, combien je le sais ! Que tu risques ta
vie ? Oh, combien aussi ! Que tu ne peux te dérober à ce devoir
sacré ? Combien, combien, Quentin ! Je vais cesser de vivre pendant
les jours qui viennent. Mais je prierai, oui, je prierai. J’aurai confiance. Je
me dirai : mon bel amour sera vainqueur ou périra, toujours grand quelque
soit le sort. Vainqueur, il reviendra lumineux m’enflammer de bonheur. Et mort,
il survivra en moi. La douleur jamais ne me rendra sombre. La gloire du
sacrifié… passera la tristesse.
Elle
est au bord des larmes. L. la soutient et l’embrasse. É. s’empresse aussi. QC.
la prend dans ses bras, baise ses lèvres.
C. Mon amour et ma vie ! Écoute-moi, mon cœur… Tu vas m’attendre, bien
entourée… Il se tourne vers L. et É., qui acquièscent.
Et je te reviendrai. Je t’en fais la promesse. Je prendrai soin et de Rome et
de moi ton époux. J’ai foi en la bonté des Dieux qui savent notre amour. Je
leur donne ma vie. Quand je regarde en moi je vois qu’ils ne voudront jamais te la ravir. Mes actes, offerts à eux, à Rome,
leur suffiront. Je reviendrai au nom de
toi et nous aurons une vie longue et douce, je t’assure, et Céson reviendra, et
Léa revivra, n’est-ce pas, mon Émile ?
Ils se
tiennent embrassés tous quatre, très émus.
Fin de l'Acte I
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