Que
la fin nous illumine
Sombre
ennemi qui nous combats et nous resserres,
laisse-moi,
dans le peu de jours que je détiens,
vouer
ma faiblesse et ma force à la lumière :
et
que je sois changé en éclair à la fin.
Moins
il y a d’avidité et de faconde
en
nos propos, mieux on les néglige pour voir
jusque
dans leur hésitation briller le monde
entre
le matin ivre et la légèreté du soir.
Moins
nos larmes apparaîtront brouillant nos yeux
et
nos personnes par la crainte garrottées,
plus
les regards iront s’éclaircissant et mieux
les
égarés verront les portes enterrées.
L’effacement
soit ma façon de resplendir,
La
pauvreté surcharge de fruits notre table,
La
mort, prochaine ou vague selon son désir,
Soit
l’aliment de la lumière irréfutable.
Philippe
Jaccottet (L’ignorant, 1952-56)
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