APRÈS LA PÊCHE, Poèmes


   Plus grave des regrets...


      Plus grave des regrets, s’ennuyer du Regret qui décampe
  derrière des semblants, des nostalgies apprivoisables,
  des souvenirs un peu grisés de manque – loin de ces après-là

  Car le Regret n’est vrai qu’au singulier,
  sans autre, seul à seul, pardon cher Joachim,
  et dans les tiens pourtant le même se tenait,
  si loquace enchanteur, impossible à brider, refusant de tarir

  Le regret qui nous creuse est à l’œuvre aussi bien
  dans le reflux des choses bien-aimées
  qu’à même leur plénitude

  Et de ce creusement, cette sape au tréfonds,
  s’aiguise, s’ incise et point
  la douleur chère d’exister

  Qu’elle aille sur ses voies sans carte et hors d’haleine, hors d’elle
  et nous tournant les épaules relues,
  la nuque surtendue, le chignon dévasté,
  sans plus rien faire entendre
  que le battement flou de ses pas dans l’ailleurs,

  demeure le charmeur, corps à corps et bien là,
  qui nous lasse et nous tient, nous maintient
  en apnée, en fadeur extensible à l’envi
  infinissant le temps où se languit le nôtre

  –  comme on aime d’amour, s’ennuyant à mourir
  de l’ennui du Regret, bel ici qui décampe.



     Cl.G. S   


















2 commentaires:

  1. Ce poème est fort !
    J'aime particulièrement ce passage :

    "Et de ce creusement, cette sape au tréfonds,
    s’aiguise, s’incise et point
    la douleur chère d’exister."

    Ah... Cette lame qui aiguise l'existence douloureuse et précieuse à la fois.
    Que c'est juste et magnifiquement évoqué... "La douleur chère d'exister"...
    Tout est dit en quelques mots ! Chapeau !!!

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  2. Merci Betty ! Il m'est venu d'un coup... Sans doute le portais-je depuis lurette.

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