EN CALE, Ce qu'avoue la lisseur des choses ? suivi de Reprise, présentation



Ouvrages édités
Recueil achevé en 2016, paru en janv. 2020 aux Ed. Unicité  de François Mocaër  



Un rêve, où a été dramatiquement posée la question d’un aveu de la lisseur des choses, suscite une quête ardue pour y répondre.
Mais celle-ci, poursuivie de poème en poème, pourra-t-elle aboutir ?
La voix principale est à certains moments rejointe par une autre, en résonance ou  contrepoint.
Le recueil,  construit en deux mouvements distincts que le titre annonce, leur doit pourtant sa cohérence et son unité.


Premier texte

      N       n’en         res     te pas
Tu es penché sur lui, l’oreille près de sa bouche. Tu entends les bribes se frayer passage dans  un encombrement. Vous êtes  seul à seul. On t’a  autorisé pour la nuit. Il te tient  la main en confiance, la serre par moments, tes doigts répondent par pressions légères.
              simplement  à    re       ah  ces   p…peau des        chchoses
te semble-t-il entendre –  ou repos, ou assez  pour des choses ?
Il ne te répond pas quand tu le lui demandes, n’est sans doute plus  en état d’entendre.
Il halète. Tu lui verses à boire entre les lèvres, gauchement, en essuyant son cou. Pendant les silences il darde son regard sur toi, il  sourit un peu dans le vague  ou fixe le plafond.
                                                                                   Tu sais le temps qui m’est laissé me laisse…
D’un jet cette fois ses paroles blanches à contre-nuit blanche de néon te happent.
Il tousse et demande  comme il peut un mouchoir, et à avoir la tête surélevée.
                     vers le bas   le      vers           haut    tout         ce             non ré  ré    pandu
C’est dur de suivre le fil. Pour lui, de le dérouler.
Celui de la présence pallie tant bien que mal.
       la p   p    plus fine si      si             r              rugueuse
                                            lisse     oui        b    beauté                 mais
Il reprend en décalé, ses embryons de phrases se croisent.
    te dire           assez tu              sauras bien…
          Ce répandu   d       ailleurs      l’enveloppe        ouvrir              et voir plus fin        loin     c’est  loin
Tu essaies toujours de saisir.  Ce que tu crois douteusement  capter est si nouveau par rapport à vos échanges, quelque chose de plus en plus urgent  à  dire, à te confier.
Il se tend dans une grimace presque drôle, te donne l’impression de parvenir à le sortir entre sens et inintelligible.
      Mais               tu      sauras-tu     sous la lisseur       aimée de nous de tous  au-dessous        au-dessus 
        avouer        lui       faire         oui c’est ça       l’in   hein    l’insoupçonné     t    tu vois ?   y  penseras-
Sa main se relâche.
Vers cinq heures il faut que tu appelles. Il entre en râlant dans sa fin.
Avant de revenir un peu plus tard  pour la suite, tu retournes chez toi en serrant  dans ta tête le paquet de ses mots, avec dans les yeux son regard  ineffacé.
La porte refermée, dans le silence, tu comprends deux choses clairement : celui qui vient de mourir et toi pourriez ne faire qu’un,  et tu vas suivre même à tâtons sa volonté.
–       Sonnerie du réveil-matin qui te vrille les oreilles ! Tu te lèves d’un bond dans la chambre endormie. Laissant douche et café pour plus tard et retenant comme tu peux  le  rêve, tu vas t’asseoir.  
     Tu commences  à écrire. 

 


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