Ouvrages édités
Un rêve, où a été dramatiquement
posée la question d’un
aveu de la lisseur des choses,
suscite une quête ardue pour y répondre.
Mais celle-ci, poursuivie de
poème en poème, pourra-t-elle aboutir ?
La voix principale est à certains
moments rejointe par une autre, en résonance ou contrepoint.
Le recueil, construit en
deux mouvements distincts que le titre annonce, leur doit pourtant sa cohérence et
son unité.
Premier texte
N
n’en res
te pas
Tu
es penché sur lui, l’oreille près de sa bouche. Tu entends les bribes se frayer
passage dans un encombrement. Vous êtes seul à seul. On t’a
autorisé pour la nuit. Il te tient la main en confiance, la serre par
moments, tes doigts répondent par pressions légères.
simplement à re ah
ces p…peau des chchoses
te
semble-t-il entendre – ou repos, ou assez pour des choses ?
Il
ne te répond pas quand tu le lui demandes, n’est sans doute plus en état
d’entendre.
Il
halète. Tu lui verses à boire entre les lèvres, gauchement, en essuyant son
cou. Pendant les silences il darde son regard sur toi, il sourit un peu
dans le vague ou fixe le plafond.
Tu sais le temps qui m’est laissé me laisse…
D’un
jet cette fois ses paroles blanches à contre-nuit blanche de néon te happent.
Il
tousse et demande comme il peut un mouchoir, et à avoir la tête
surélevée.
vers le bas le vers
haut tout ce
non ré ré pandu
C’est
dur de suivre le fil. Pour lui, de le dérouler.
Celui
de la présence pallie tant bien que mal.
la p p
plus fine si si
r
rugueuse
lisse oui
b beauté
mais
Il
reprend en décalé, ses embryons de phrases se croisent.
te dire
assez tu
sauras bien…
Ce répandu d ailleurs
l’enveloppe ouvrir
et voir plus fin loin
c’est loin
Tu
essaies toujours de saisir. Ce que tu crois douteusement capter est
si nouveau par rapport à vos échanges, quelque chose de plus en plus urgent
à dire, à te confier.
Il
se tend dans une grimace presque drôle, te donne l’impression de parvenir à le
sortir entre sens et inintelligible.
Mais
tu sauras-tu sous la
lisseur aimée de nous de tous
au-dessous au-dessus
avouer lui
faire oui c’est ça
l’in hein l’insoupçonné t
tu vois ? y penseras-
Sa
main se relâche.
Vers
cinq heures il faut que tu appelles. Il entre en râlant dans sa fin.
Avant
de revenir un peu plus tard pour la suite, tu retournes chez toi en
serrant dans ta tête le paquet de ses mots, avec dans les yeux son regard
ineffacé.
La
porte refermée, dans le silence, tu comprends deux choses clairement :
celui qui vient de mourir et toi pourriez ne faire qu’un, et tu vas
suivre même à tâtons sa volonté.
– Sonnerie du réveil-matin qui te
vrille les oreilles ! Tu te lèves d’un bond dans la chambre endormie.
Laissant douche et café pour plus tard et retenant comme tu peux le rêve,
tu vas t’asseoir.
Tu commences à écrire.
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