J’AI TOUJOURS HABITÉ
J'ai
toujours habité de grandes maisons tristes
Appuyées
à la nuit comme un haut vaisselier
Des gens
s'y reposaient au hasard des voyages
Et moi je
m'arrêtais tremblant dans l'escalier
Hésitant
à chercher dans leurs maigres bagages
Peut-être
le secret de mon identité
Je
préférais laisser planer sur moi comme une eau froide
Le doute
d'être un homme. Je m'aimais
Dans la
splendeur imaginée d'un végétal
D'essence
blonde avec des boucles de soleil
Ma vie ne
commençait qu'au-delà de moi-même
Ebruitée
doucement par un vol de vanneaux
Je
m'entendais dans les grelots d'un matin blême
Et
c'était toujours les mêmes murs à la chaux
La
chambre désolée dans sa coquille vide
Le
lit-cage toujours privé de chants d'oiseaux
Mais je
m'aimais ah! je m'aimais comme on élève
Au-dessus
de ses yeux un enfant de clarté
Et loin
de moi je savais bien me retrouver
Ensoleillé
dans les cordages d'un poème.
René-Guy Cadou (1920-1951)
LES VISAGES DE SOLITUDE
Les Cahiers de Rochefort, 1947
Les Cahiers de Rochefort, 1947
In HÉLÈNE OU LE RÈGNE VÉGÉTAL
1951, Éd. Seghers
L’Œuvre poétique complète de René-Guy Cadou a été publiée par les Ed. Seghers en 1973, préfacée par Michel Manoll. Réed. en 2001
L’Œuvre poétique complète de René-Guy Cadou a été publiée par les Ed. Seghers en 1973, préfacée par Michel Manoll. Réed. en 2001
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