Ouvrages en cours
Un long ouvrage de titre similaire composé de plusieurs
livres avait été entrepris dès la fin des années 70 et mis en forme première en
1987.
Depuis 2014, ce recueil en reprend une partie, Bornands, qui doit
circonstanciellement son origine à un séjour marquant dans les Alpes en hiver.
CINQ
POÈMES
Les mots qui oscillaient se font
pesants le soir
lorsque les attablés pour la veillée les tombent
et que le vent tressaille entre deux airs, deux pauses
de l’avant-nuit rétive à se dégriffonner
qu’aucun éclat de voix ni de rire n’enflamme
Semblables de toujours mais longs
à reconnaître,
ils prennent corps nouveau de mate densité
et clouent de non-rebonds les heures sinuées
dans la trépidation des griffons hors besogne,
éperdus, l’œil mi-clos après les
mêmes rêves
claqués d’oiseaux sous les happements de crocs lisses
jusqu’au petit matin giboyeux d’envolées.
* * *
Les loups ne chassent plus entre les
cils du jour
Secrètement passés à l’amont des regards,
y flairant les sanglots charrieurs de joie en cendre,
ils traversent nos mains aventurées vers eux
pour tenailler la nuit au péril du beau ciel
Leur griffe inassouvie harcèle des lointains
après qu’ils ont fini de suspendre à nos cous
leurs crocs de chaux passés au
râpeux de la peine
Et nous de leur montrer, déçus de
biais et sommes,
l’opacité accrue de chaque tentative
– même à l’albinos, au préféré de
la neige
avec qui s’épancher est faillible détour.
* * *
Ces flammes en haillons à même de vêtir
un attardé
pensif à portée de leurs bras
le feraient
s’écarter si, redoublant, l’hiver
ne pressait,
ne serrait, ne brûlait sous l’entame
En deçà des
yeux flous peu à peu se répondent
les feux
désaffectés d’une lumination
qui tançant
la chaleur assoupie sous la cendre
la met en
couvaison noueuse de désirs
Le tourné
vers l’ailleurs derechef s’abandonne,
se laisse
recentrer, mieux s’avouer, mais tel,
encastré
dans sa nuit, que veilleur il y cligne
en
étincelle d’un foyer jamais éteint.
* * *
Embardée du sommeil Tressaille
inattendu
le creux sourd de mémoire au lit qui se
ravive
touché par un éclair juché sur la nuit-pente
qu’il éperonne au plus enchevêtré
du ciel
pour l’écarter bientôt d’aubes ensevelies
Mémoire qui travaille aux rosaces du gel,
qui va désengourdir leurs fontaines fasciées
Souvenir-survenir de matins de rosée,
certitude de sève aux fourches des vergers
poignant de leur douceur ceux-là qui toujours aiment
exposer au soleil retenu dans les branches
un peu de la rumeur que rien ne luit jamais.
* * *
Là où les sapinaies ont légué des
rivières
avant de refluer haut se dissoudre en
brume
Un arc – frênes bandés – vibre qui les remplace,
riverain de ces eaux comme venant d’en naître,
traits en étoile éclaboussant l’après-midi
Une énigme en deçà de la vue se desserre
à la mesure amie de la grâce essaimeuse
d’écorces incisées de plus fauves paupières,
ces rameaux dont la voie perce les épaisseurs,
le soleil tout en bleu convainquant le regard
d’accompagner la fuite évasive des pentes
de ce val ébréché par un autre horizon.
Hormis
le troisième, ces poèmes ont été publiés dans la Cause Littéraire le 29 mai
2015 et partiellement remaniés depuis.
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